Histoire de l'acouphène
 

Les acouphènes accompagnent l'humanité certainement depuis son commencement. Ce phénomène est mentionné aussi loin que l'on peut remonter dans l'histoire humaine dont nous gardons des traces.
 
C'est en Egypte que l'on retrouve la première mention de la perception d'un acouphène. Le livre de médecine du Fayyun de Crocodilopolis, probablement du IIIe ou IIe siècle avant Jésus-Christ. Cet ouvrage décrit plusieurs maladies de l'oreille et leurs traitements. Il mentionne en particulier, un bruit qui ressemble à une tempête dans l'oreille et que l'on traite avec une décoction de roseau, de lotus, d'herbes et d'huiles (Reymond 1976).
 
Dans l'antiquité Gréco-romaine, Aristote posera dans un de ses ouvrages la question suivante : " pourquoi le bruit que l'on perçoit dans l'oreille s'arrête-t-il lorsque l'on est exposé à un bruit extérieur fort ? ". Il posera donc le problème du masquage de l'acouphène, qui ne sera exploité que 2000 ans plus tard par Itard.
Guy de Chauliac, au XIe siècle, reprendra la proposition d'Alexandre de Tralles (525-605) : la situation des patients s'améliore lorsqu'ils sont plongés dans une ambiance sonore.
 
A la renaissance, Paracelse, au début du XVIe siècle, mentionne l'importance du bruit environnant excessif dans l'apparition d'un acouphène. Une théorie traversera plusieurs siècles, selon laquelle les sifflements d'oreilles trouvent généralement leur origine dans des mouvements d'air.
 
Au XVIIe siècle, Du Verney publie le premier livre entièrement consacré à l'étude des maladies de l'oreille (Traité de l'organe de l'ouïe, 1683). Il développe une théorie de la fonction de l'oreille interne qui repose sur des phénomènes de résonance. Selon lui , l'acouphène constitue une variante du fonctionnement de l'oreille soumise à la stimulation d'un bruit extérieur : quelle que soit l'origine du bruit, le nerf auditif transmet l'information au cerveau.
 
Cocugno, anatomiste italien et élève de Morgagni, découvre, au XVIIIe siècle que le labyrinthe est plein de liquide et non d'air comme on le croyait généralement. Cette contribution change alors complètement la perspective en matière de théories d'explication des acouphènes.
 
Grappengiesser, grâce aux progrès techniques considérables qui permettent le début de la maîtrise de l'électricité, est le premier, en 1801, à proposer une stimulation par courant continu dans des cas d'acouphènes associés à une surdité. Ces techniques seront très contestées par Itard (1821), Kramer (1842) ou Wilde (1853).
Itard propose une classification des acouphènes dans son livre publié en 1821, où il décrit son expérience de médecin de l'Institut Royal des sourds et muets.
Il fait une classification en trois groupes :

- les vrais acouphènes dont la cause est acoustique (artère pulsatile, obstruction partielle mécanique du conduit auditif);
- les faux acouphènes, dus en général à une atteinte de l'oreille interne, pouvant être divisés en deux catégories :
# idiopathiques (dus à une exposition aux bruits forts comme ceux du canon ou du moulin à eau).
# symptômatiques (en relation avec une maladie comme l'hystérie, l'hypocondrie, les pathologies digestives, les rhumatismes…).
- les acouphènes fantastiques, qu'il considère comme d'origine psychique.

Itard décrit des faux acouphènes qui imitent la voix humaine et les classe dans la catégorie des hallucinations. Il utilise des techniques de masquage de l'acouphène, avec des résultats spectaculaires. Il décrit le cas d'une femme dont l'acouphène était insupportable, elle fut guérie après avoir passé plusieurs mois dans un moulin.
Rayer, en 1854, décrit dans ses comptes rendus, un bruit pulsatile occipital, isochrone aux battements cardiaques. Ces bourdonnements pulsatiles sont clairement identifiés comme étant d'origine vasculaire. Dans la même année, Hyrtl fait une ébauche de la thérapie d'habituation en supposant que l'accoutumance est le plus souvent la règle, " comme le meunier s'habitue au bruit du moulin ".

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les travaux de Kramer (1842), deWilde (1853), de Toynbee (1860), Urbantschitsch (1881-1883), Bartel (1893) et von Tröltsch (1868-1870) livrent les idées générales sur l'acouphène. On ébauche une classification en distinguant deux cas de figure :
- dans un premier cas, l'exagération de l'activité nerveuse était rendue responsable de la sensation " d'ouïe subjective " ;
- dans les autres cas, la diminution de la fonction du nerf était mise en cause.
 
Au début du XXe siècle se pose la question de la diversité des affections en cause dans les bourdonnements d'oreille et on tente de trouver une explication unique, ce qui fera régresser certaines hypothèses plus anciennes.

Les travaux de Causse et Ruedi émettent l'hypothèse que pour des pathologies différentes et pour un même symptôme, cela laisse envisager la notion de lésions " communes " à tous les bourdonnements que l'on pourrait trouver au niveau central.
La mesure des acouphènes à l'audiomètre montre, dans les années 50, que l'intensité relativement faible des acouphènes mesurée par l'audiomètre, même pour des patients signalant un bourdonnement ressenti comme très bruyant (Portmann, Bourdon, Goubert…).
 
Dans les années 60, l'acouphénométrie se précise, d'abord appelée " tintométrie ", elle consistait en un repérage approximatif de la tonalité et de l'intensité des acouphènes. Elle déterminait l'intensité des acouphènes en réalisant soit un effet de masque, soit une recherche de la sensation d'égale intensité sonore. Ceci était fait dans les cas d'acouphènes unilatéraux. Pour déterminer la tonalité de l'acouphène, le son n'étant pas toujours pur, M. Portmann recommandait d'alterner les sons graves et les sons aigus autour de la fréquence approximative de l'acouphène en essayant d'approcher sa fréquence exacte par dichotomie.

De nouvelles classifications voient le jour dont deux grandes catégories d'acouphènes se distinguent suivant leur origine :
- périphérique (avec ou sans surdité) ; et en cas de surdité de transmission associée, on recherche les maladies de l'oreille externe et de l'oreille moyenne.
- centrale.

Avec le traitement médical, le traitement physique (ultrasonothérapie de Portmann) et la chirurgie, la psychothérapie est considérée comme un élément capital dans tous les cas.
 
Au début des année 70, on revient vers des classifications plus simples et les acouphènes sont désormais divisés en deux catégories : ceux liés à une surdité de transmission et d'autre part, ceux liés à une lésion de l'oreille interne.

 
 

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